LES LOINTAINES ORIGINES DE NOS VILLAGES

Un peu (plus) d'histoire ••• 

 

Le Général Paul DORBEAU, dans son étude "Un village de l'Aunis VERINES", pressentait les origines lointaines de cette localité quand il écrivait :  "même sans trace actuelle, Vérines doit, en raison de sa situation dominante, avoir une origine très ancienne" (1). Mais, prudent, en l'absence de tous  documents écrits ou archéologiques, il situait au Moyen Age seulement la fondation et le développement des vil1ages de VERINES, LOIRE et  F0NTPATOUR(2). 

Il semble, aujourd'hui, qu'il faille remonter d'une dizaine de siècles plus avant dans le temps et rechercher les origines de nos villllages à la période gallo-romaine peut-être même à celle de l'indépendance gau1oise. 

 

Les nombreuses découvertes, ces dernières années, de sites et de vestiges gallo-romains en Aunis nous montrent que, contrairement à l'opinion  de la  plupart des  historiens  régionaux  du siècle dernier ou de la première moitié de ce siècle, notre province, comme la Saintonge sa voisine  a bien  été  romanisée. 

L'étymologie des noms de nos trois villages est latine ; elle parait confirmer l'hypothèse de leur fondation et de leur développement, à partir de la période  gallo-romaine, entre le 1er et le 5ème siècle. 

Avec quelques variantes dans l'écriture qui sont négligeables, VERINES est un nom de lieu ; on le trouve répandu sur une aire géographique assez vaste  (3). Le Dictionnaire des Communes mentionne seulement deux communes du nom de Vérines : VERINES, Charente Maritime, et VERINES-sous-Celles,  Deux-Sèvres  (on y a découvert un important cimetière gallo-romain). 


Mais il y a de nombreux villages ou hameaux qui se nomment Vérines ou Verrines: trois dans les Deux-Sèvres, deux dans la Loire, un dans la Vienne, un  dans la Haute-Vienne, un dans la Creuse, un dans L'Oise.

Au nom VERINES, page 707, le Dictionnaire étymo1ogioue des noms de lieux de France de A. DAUZAT et Ch. ROSTAING, paru en 1963, renvoie au nom  Védrines, page 703, et après avoir cité un Védrines et plusieurs Vérines, dont le nôtre, il indique que ces Védrines ou Vérines viennent du latin vitrina qui  signifie verrerie. 

 

Edouard GARNIER, dans son Histoire de la Verrerie et de l'Emaillerie, parue à Tours, en 1886, écrivait, page 113, "la plupart des ateliers des anciens vitrarii, ou verriers gallo-romains ne n'en subsistèrent pas moins aux lieux où ils avaient été  fondés autrefois et dont les emplacements nous sont indiqués  encore  aujourd' hui par des noms caractéristiques qui ont survécu aux établissements qu'ils servaient à désigner :  La Verrerie, Verrières, Voirrières,  Verrines,  etc... autrefois VitreriaVerreria,VerreriaeVitrinae, etc… où il y avait jadis des verreries plus ou moins importantes.

 

 

La Commune de VERINES tirerait donc son nom d'une verrerie créée en ce lieu à l'époque gallo-romaine. Il faudrait avoir la chance de découvrir le lieu  exact où  se trouvait cet atelier de verrier qui a donné son nom au village.  Mais, sur les emplacements où travaillaient les  verriers, on ne trouve  qu'exceptionnellement les fragments de verre constituant les déchets de la fabrication car ces déchets, ces petits fragments, passaient â nouveau dans les creusets (4). 

 

Au nom de LOIRE, page 408 le Dictionnaire étymologique des noms de Lieux de France renvoie au nom LEURY, page 398, et indique que le nom de lieu

 Loiré vient de Laurius un nom d'homme gallo-romain. La villa, c’est-à-dire l'exploitation agrico1e d'un gallo-romain nommé LAURIUS a probablement donné naissance au village actuel de LOIRE. Il n' y a rien d' étonnant à cela surtout depuis qu’on a acquis, en 1977, la certitude de l'existence d'un site gallo-romain à LONGEVES, site révélé par des fragments de tuiles à rebords, des tessons de céramique commune et sigillée et une monnaie de l'Empereur  Hadrien (117-138). 

Le nom de FONTPATOUR ne figure pas dans le Dictionnaire 
étymologique des noms de lieux de France, mais son origine latine ne fait aucun doute :FONS PASTORIS, la source ou la fontaine  où le berger  venait  se désaltérer et faire boire son troupeau. Ce lieu pouvait donc être déjà fréquenté et habité sous l'Empire romain. Un site gallo-romain a été découvert,  à la fin du siècle dernier  ou au début de ce siècle, aux Touches de Saint-Médard. Ce site a été révélé par des fondations de murs, des tuiles  à rebord  et une monnaie de l'Empereur Constantin (324-337).

 

L'auteur de ces lignes serait très reconnaissant aux  personnes de VERINES, FONTPATOUR et LOIRE qui auraient trouvé , près de leurs maisons, dans  leurs jardins ou dans leurs champs des pièces de monnaie anciennes et qui les auraient conservées, de bien vouloir les lui montrer. Il adresse la même  demande aux personnes qui auraient observé ou ramassé dans leurs champs, leurs jardins où à l'occasion de travaux, construction d'une maison par  exemple, dans les déb1ais, des morceaux de tuiles à gros rebord ou de nombreux tessons de céramique (fragments de poteries brisées).

 

Les personnes qui voudront bien signaler ces trouvailles et les montrer contribueront utilement à une connaissance plus approfondie et plus exacte du passé lointain et de l'histoire ancienne de la Commune de VERINES pour des périodes pour lesquelles il n'existe pas de documents écrits mais seulement, peut-être, des vestiges archéologiques. 

 

Jean METAYER

(1) Un village de l'Aunis: Vérines Page 2, texte dactylographié

(2) Un village de l'Aunis: Vérines Page 3, texte dactylographié

(3) Revue du Bas Poiotoi, 1958, page 475

(4)  Revue de Saintonge et d'Aunis, 1953-1963, page 372.

L'abbé Jean Metayer

 

Né le 30 octobre 1921, dans une famille d'agriculteurs de Loiré de Vérines, Jean Métayer est entré au séminaire à l'âge de 13 ans.
Après avoir été dominicain pendant 17 ans puis suivi des études à Athis-Mons pendant 10 ans, il est ordonné prêtre en 1961.

Il est alors nommé au collège de Fénelon à La Rochelle où il enseigne la catéchèse et l'histoire. Historien passionné, il entreprit plusieurs chantiers de fouilles archéologiques avec des jeunes dont les résultats firent l'objet de publications de la Société d'Archéologie et d'Histoire de l'Aunis. Parallèlement, il réalisa plusieurs études historiques sur des sites de la commune de Vérines.

Il fut curé de la paroisse de Saint-Sauveur de La Rochelle de 1981 à 1986 puis il rejoignit la communauté des frères de Saint-Jean d'Angély pendant 7 ans.

Décédé le 30 avril 2010 à l'âge de 88 ans, l'abbé Métayer était titulaire de la Médaille de Bronze de la Jeunesse et des Sports.