L'ORIGINE DU NOM DU VILLAGE DE LOIRE

Dans l'un de ses articles sur l'origine des trois villages de la commune de Vérines – Vérines, Fontpatour et Loiré -,  l'abbé Jean Métayer écrit:

" Au nom de LOIRE, page 408 le Dictionnaire étymologique des noms de Lieux de France … indique que le nom de lieu Loiré vient de Laurius un nom  d'homme gallo-romain. La villa, c’est-à-dire l'exploitation agrico1e d'un gallo-romain nommé LAURIUS a probablement donné naissance au village actuel de  LOIRE.  Il n' y a rien d' étonnant à cela surtout depuis qu’on a acquis, en 1977, la certitude de l'existence d'un site gallo-romain à LONGEVES, site révélé  par des fragments de tuiles à rebords, des tessons de céramique commune et sigillée et une monnaie de l'Empereur Hadrien (117-138)."

 

Dans son dictionnaire étymologique des noms de communes et lieux-dits du Maine-et-Loire, Pierre-Louis Augereau évoque effectivement une commune  portant le nom de Loiré. Il cite les noms anciens de la dite-commune, à savoir Lauriacus en 843, Ecclesia de Loriacco en 1148, Decima de Loré en  1198/1240 et Parochia de Loreio en 1236. Il précise l'étymologie du nom du village: "Du nom d'homme gallo-romain Laurius, suivi du suffixe –acus. Laurius  est un   dérivé du surnom  Laurus composé à partir du mot laurus, "laurier".  Il ajoute qu'à l'époque romaine, le couronnement de lauriers récompensait les  vainqueurs.

Selon Pierre-Louis Augereau, les noms de village de Loire-les-Marais (Charente-Maritime), Lorry (Moselle), Lorey (Meurthe-et-Moselle, Loré (Orne) et  Loury (Loiret) ont la même origine.

 

Un compte- rendu de la séance du 22 février 1895 de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (1) confirme l'origine romaine de Loiré  mais trouve  une  toute autre explication que celle du laurier de la victoire proposée par Pierre-Louis Augereau.

Ainsi lors d'une intervention devant ses pairs, M. d'Arbois de Jubainville (2), démontre que le nom Laurus, présent sur le continent européen, et plus  particulièrement dans le monde romain, aurait pour origine l'adjectif irlandais – comprendre gaélique – lour, décliné plus tard en lor ou leor, correspondant à suffisanten abondance en langue française.

Selon M. d'Arbois de Jubainville, des inscriptions découvertes en Italie prouvent que le terme Laurus était utilisé comme nom propre par des Gaulois  "barbares" ou esclaves. Il ajoute que "certains Gaulois, citoyens romains, en ont fait un cognomen (3) ; d'autres  Gaulois,  également  citoyens  romains,  en ont  tiré le  gentilice  Laurius."

L'expert ajoute qu'il existait en Gaule et hors de Gaule, des noms de lieu dérivés du gentilice Laurius, tiré lui-même du nom d'homme barbare Louros,  déclinaison du lour gaélique (celte). Parmi les exemples de noms de lieu ayant cette origine, il cite "Loiré, village du Maine-et-Loire, appelé Lauriacus  en 943".  Il s'agit du village évoqué par Pierre-Louis Augereau et Jean Metayer.

M. d'Arbois de Jubainville conclut son intervention en insistant sur le fait que le nom d'homme Laurius ne peut pas être primitivement un nom d'arbre. En  effet, "l'usage de tirer d'un nom d'arbre des noms propres d'homme est étranger au monde romain: aucun romain ne s'est jamais appelé Abies, Alnus,  Quercus…". Il termine en citant deux noms propres d'hommes grecs ayant la même racine qui tous deux signifient suffisant comme l'irlandais lour. Ils sont synonymes du nom propre gaulois Louros.

 

On déduira de ces éléments que le village de Loiré tire effectivement très probablement son nom d'un citoyen romain ou gallo-romain portant le  patronyme  Laurius.   Les origines gauloises celtes du nom prônent en faveur d'un citoyen gallo-romain.

Sachant que, d'une manière générale, les nobles propriétaires terriens gaulois ont adopté les usages et la langue des Romains, notamment en romanisant leur nom, il n'est pas interdit de penser que la famille Laurius était implantée localement avant  l'arrivée des Romains en  Gaule.  Elle était donc vraisemblablement issue de la tribu des Santons, dominante en Aunis, ou de celle des Pictons, présente mais minoritaire dans cette région.

La rédaction.

(1) Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1895 Volume 39 Numéro 1 pp. 62-66

(2) Marie-Henri d'Arbois de Jubainville, né à Nancy le 15 décembre 1827 et mort à Paris le 26 février 1910, est un historien, archiviste et celtologue français.

(3) Le cognomen (au pluriel cognomina) est le surnom d'un Romain de l'Antiquité. Après le prénom et le nom de famille (gentilice),  il constituait  généralement  le troisième nom des tria nomina traditionnels du citoyen romain.